Émotions

Axelle
Diagnostiquée en 2018

ÉMOTIONS

Il faut traverser une période de deuil.

Lorsque j’ai appris que j’avais un cancer, je suis resté très calme. Je suis assez fataliste : ce qui doit arriver… arrivera ! En profiter au maximum, telle était ma devise

J’ai alors commencé spontanément à tout noter dans un carnet. Pendant les traitements, je me réveillais souvent au milieu de la nuit. Et au lieu de rester dans mon lit à ruminer, je me levais pour écrire. Tout ce qui me passait par la tête. Une fois que c’était écrit, je prenais mes distances. C’était parti !

Mais par la suite, j’ai arraché toutes les pages que j’avais écrites sur les gens qui m’avaient rendu la vie difficile. Je me suis assise devant le feu ouvert et j’ai jeté toute cette négativité au feu. Après les avoir brûlées, c’était fini pour moi aussi.

À cause du cancer, j’ai dû renoncer à différentes activités que j’aimais. Il faut traverser une période de deuil. Je sais par exemple que je ne pourrai plus jamais skier. Et je n’arriverai probablement plus à rouler à vélo non plus. Aujourd’hui, c’est de ne plus pouvoir jardiner qui me manque le plus. Mais je me rends bien compte qu’à un moment donné, je n’aurais quand même plus pu faire tout cela. En vieillissant, il faut arrêter certaines activités. Il allait de toute façon arriver un moment où je n’aurais plus pu skier. C’est juste arrivé plus tôt que je ne l’imaginais.

Tony
Diagnostiqué en 2015

ÉMOTIONS

Heureusement, la médecine est très avancée.

Au moment où tu apprends que tu as un cancer, tu restes silencieux. Tu ne sais pas ce qu’il t’arrive. Personnellement, je n’avais, par exemple, aucun signe. Mal au dos, oui. Mais je n’étais pas essoufflé, je ne devais pas tousser, ... je n’avais même jamais fumé.

Tu penses directement : tout s’arrête ici. La vie est finie. On oublie ses rêves. Le sol semble s’effondrer sous nos pieds. On peut le dire : après le diagnostic, on passe une mauvaise période. Mais finalement, on commence à revivre. On recommence à faire des activités qui nous semblaient agréables auparavant. J’ai toujours envisagé le positif, même de tous ces examens. Avec des pensées négatives, tu ne peux qu’aller plus mal.

Avec une attitude positive, tout est de toute manière plus agréable. Chez tes amis, dans tes relations, … Tu restes plus positif vis-à-vis de la maladie. On constate que les médecins peuvent apporter beaucoup plus qu’il y a une dizaine d’années. On peut donc parler de chance. Si tu avais eu un cancer du poumon il y a dix ou vingt ans, tu aurais peut-être eu moins de chances de rester en vie. C’est très positif que la médecine avance tant.

Marie-Christine
Diagnostiquée en 2007

ÉMOTIONS

Aller la peur au ventre au contrôle

« Ma première réaction quand j’ai appris que j’avais un cancer ? J’ai tout de suite pensé à mon mari. Panique ! Mon mari est mort d’un cancer. Avec cette différence : ils n’ont découvert son cancer que lorsqu’une guérison n’était plus possible. Il a encore vécu huit mois. C’était un homme très fort, mais il s’est complètement laissé aller. En pensant à ses derniers mois, j’étais déprimée. »

« Mais je me suis rapidement ressaisie. Mon caractère m’a aidée à traverser cela. En tout cas, je le pense. Il faut continuer à se battre. Juste avant les séances de chimio, j’essayais de dérider les autres dans la salle d’attente. Les gens me demandaient même quand étaient mes séances suivantes. Ils ont peut-être pu planifier leur séance au même moment. C’est important de rire ! Cela permet de se concentrer sur les aspects agréables de la vie. »

« Bien que je sois maintenant guérie, il y a encore des jours où je me sens moins bien. Lorsque je dois aller à un contrôle, j’y vais la peur au ventre. Même si les médecins répètent chaque fois qu’ils pensent que le cancer ne reviendra pas. Dès qu’ils me diront qu’ils sont sûrs qu’il est complètement parti, je sablerai le champagne. »

Guido
Diagnostiqué en 2013

ÉMOTIONS

Je profite plus de la vie qu’auparavant

Mon diagnostic m’a tracassé pendant cinq minutes. Pourquoi est-ce à moi que ça arrive ? Mais je me suis assez vite résigné. C’est mon destin. Et je dois y faire face. Lorsque je suis rentré à la maison, j’ai montré les résultats du scanner à ma femme. Une tumeur sur les poumons et dans deux ganglions lymphatiques. Je lui ai tout de suite dit que nous devions en profiter au mieux.

J’ai compris que la vie s’achèverait plus vite que prévu. C’était dur à avaler. Je venais d’avoir soixante ans. Avais-je un sentiment de culpabilité ? Non, ça pas. Peut-être un petit peu vu que je fumais toujours des cigares. Mais c’étaient des petits. Et je ne fumais pas beaucoup. Mais je pense quand même que mon cancer y est lié.

J’ai une vie avant et une vie après le diagnostic. Auparavant, il y avait beaucoup d’obligations. Ce n’est plus le cas. Tout est encore possible, mais rien n’est obligatoire. C’est pourquoi je profite davantage. Je vois les détails de la vie. Je peux par exemple davantage profiter de la nature. Avant le diagnostic, je ne la voyais pas.

Je n’ai jamais cherché des informations sur mon cancer du poumon sur internet. À quoi ça sert ? Au total, il existe quatre-vingt sortes différentes de cancer du poumon. On s’assagit. Je fais confiance à mes médecins. Ils sont spécialisés.

La médecine n’est pas figée. Pour moi, l’immunothérapie a été une avancée. Et qui sait où j’en serai prochainement ? Peut-être que l’étude à laquelle je participe aura un bon résultat ? Peut-être aussi que c’est quelques années trop tôt.

Evelyne
Diagnostiquée en 2014

ÉMOTIONS

Au début, je me suis dit : “Oh non. Un cancer ! Chimiothérapie, chute des cheveux. Non !” Je ne voulais vraiment pas. J’étais donc bien décidée : ce cancer devait partir. Disparaître. Ma mère a eu 90 ans. J’en ai 80 et j’ai un cancer depuis deux ans. Moi aussi je veux avoir 90 ans.

Tous les deux mois, j’allais à la consultation. Vu les bons résultats, je ressortais toujours pleine d’espoir. Mais bien sûr, vous traversez aussi de mauvais moments. Vous êtes alors découragée, voire même dépressive. Vous vous demandez pourquoi vous faites encore tout cela. Vous avez des idées noires. “Je ne fais plus rien. Je passe ma journée dans un fauteuil. En fait, j’attends le jour de ma mort.

C’est ce que vous pensez alors.

Alain
Diagnostiqué en 2016

ÉMOTIONS

Avant, on pouvait fumer à l’hôpital

J’ai eu de la chance. Il y a peu, j’ai demandé à mon oncologue ce qui se serait passé si mon amie n’avait pas pris ce rendez-vous chez le pneumologue. Et bien, je n’aurais plus eu que trois mois à vivre au maximum. Je ne serais donc plus là aujourd’hui.

Cela fait réfléchir. Depuis lors, j’ai eu 60 ans. Il est donc temps de mettre certaines choses en ordre. Ma succession pour dire ce qui est. Et que fallait-il faire de mon magasin ? Tout cela vous passe soudainement par la tête.

Depuis quelques temps, je relativise davantage. Mais quand même... Parfois, je m’énerve encore pour des banalités. Les gens dans le trafic, par exemple. Je me dis alors : “Au nom du ciel, pourquoi donc t’énerves-tu ?”.

Je ne regrette rien. J’ai toujours vécu comme je le souhaitais. Mais je regrette ma première période de tabagisme. J’ai beaucoup fumé entre 15 et 35 ans. Deux paquets par jour ! Quand on pense à tout ce qu’on pouvait faire auparavant... On pouvait même fumer à l’hôpital. Avec ma première femme, on fumait dans la voiture et à la maison. Je me sens coupable vis-à-vis de mes fils. Heureusement, aujourd’hui on fait beaucoup plus de prévention. C’est logique, avec tout ce que l’on sait sur la cigarette et le cancer.

Mon fils aîné fume aussi malheureusement. C’est comme ça quand les deux parents sont d’incorrigibles fumeurs. J’ai pu dissuader le plus jeune de fumer. Cela fait partie de nos responsabilités de parents. Car les enfants pensent souvent que fumer est un signe de maturité.

Christiane
Diagnostiquée en 2008

ÉMOTIONS

Comme une lettre à la poste

Ma plus forte émotion quand j’ai entendu que j’avais le cancer? C’était ma préoccupation pour mon mari. Pour moi-même, je ne me faisais pas de souci. Je soignais continuellement mon mari handicapé, qui était en chaise roulante. C’était difficile de trouver, au pied levé, un endroit où le placer. J’allais rester à l’hôpital pendant presque deux semaines. Cela m’a tellement absorbé, que mon problème paraissait secondaire. Ma lobectomie est passée comme une lettre à la poste.

Depuis que mon mari est décédé, j’ai plus de temps pour me pencher sur moi. Il faut dire que je prends cela du bon côté. En tout cas, je n’ai jamais paniqué.

Je dois l’avouer: j’ai fumé. Je me dis que j’ai fauté, et donc je dois payer. C’est peut-être mon côté cartésien, après tout j’ai été prof de maths. Je ne me sens pas coupable. Lorsque j’étais jeune, tout le monde fumait. On ne nous a jamais averti des dangers. Quand on rendait visite aux amis, il y avait même des plateaux de cigarettes sur la table. Comme si c’étaient des biscuits.

Cela me ferait du bien de partager mes expériences personnelles sur le cancer. Je ne connais personne avec la même maladie. Et à l’hôpital, il n’y a pas de groupe de rencontre ...

Maria
Diagnostiquée en 2015

ÉMOTIONS

Apprivoiser la peur

Lorsque le spécialiste m’a annoncé que j’avais un cancer, la personne à côté de moi s’est écroulée. Et moi? Je me suis dit : Ça y est, je vais devoir arrêter mes projets. Heureusement, le spécialiste m’a confié que je devais à tout prix continuer à réaliser mes projets.

J’ai pris ma maladie comme un défi. Quelque chose que je devais mener à bien. La manière dont j’ai géré les effets secondaires montre bien cette attitude. Au début, je prenais ces effets secondaires comme une fatalité. Il faut savoir qu’ils peuvent vraiment vous terrasser. Je restais clouée au lit parfois pendant des journées. Je n’avais envie de rien. Mais après quelque temps, j’ai appris à apprivoiser la peur. Je sais comment m’y prendre, maintenant. C’est beaucoup moins fatigant.

Mon médecin traitant est content que mon cancer évolue positivement. Il m’a dit aussi que c’est logique, quelque part. De nos jours, le cancer peut être dans certains cas une maladie chronique comme une autre. Comme le diabète ou une maladie cardiaque.

Jeffrey
Diagnostiqué en 2014

ÉMOTIONS

Les deux premières semaines après le diagnostic, j’étais fâché. Sur quoi ? Je n’avais en fait jamais rien remarqué. Le médecin m’a dit que j’étais sans doute déjà malade depuis cinq, six ans. Je n’avais jamais rien senti. Et je ne pouvais plus rien changer à cette maladie. Cela met en colère. Mais vous ne pouvez plus rien y changer. Cette colère ne sert donc à rien.

Ce qui sert, c’est de se lancer à fond. C’est ce que j’ai fait dès le premier jour. Lorsqu’on m’a annoncé le diagnostic, j’avais 38 ans. Le docteur m’a dit que je n’atteindrais pas quarante ans. Je me suis dit : “C’est ce qu’on va voir !”. Et, regardez : cet été, j’ai organisé une grande fête pour mon quarantième anniversaire. Magnifique.

Mais on ne peut pas dire que j’avais le cœur léger. Mais je relativise un peu plus maintenant. Les amis disent que nous devons profiter davantage. C’est ce que nous faisions déjà. Mais maintenant, lorsque nous faisons de chouettes choses, nous en prenons davantage conscience.

J’ai fumé pendant 25 ans. Je ne peux plus rien y changer. D’après le médecin, il n’est pas du tout certain que la cigarette soit la cause de mon cancer du poumon. Mais bon... On sait bien que fumer ce n’est pas bon. Mais je l’ai fait quand même. Avant même d’avoir allumé ma première cigarette. Car papa et maman fumaient partout. À la maison et dans la voiture. Fenêtres fermées. Heureusement, cela se fait moins maintenant.

Rudy
Diagnostiqué en 2009

ÉMOTIONS

J’ai nié le cancer

Ma première réaction ? J’ai nié le cancer. Les médecins me disaient que j’avais une maladie incurable, mais je n’en avais pas l’impression. Je continuais à vivre comme si rien ne s’était passé. Je me sentais bien.

Je ne culpabilise pas. Je n’ai jamais fumé. Comment les médecins expliquent-ils ce cancer ? Ils ne le savent pas. Peut-être à cause des fenêtres trop ouvertes dans l’auto ? Et qu’on respire un mauvais air ? Mais cela ne me semble pas être une raison suffisante.

Bien sûr, je trouve très grave d’avoir un cancer du poumon sans fumer ! Ça a été un sacré coup. Depuis lors, j’ai rencontré beaucoup de patients ayant un cancer du poumon. Parmi eux, beaucoup n’ont jamais fumé. J’ai toujours pensé que j’aurais une maladie du cœur. C’est de famille.

Si j’arrive encore à profiter de la vie ? Profiter, c’est un mot difficile. En fait, vivre un jour de plus, c’est déjà profiter. Mais tu te demandes alors : “Combien de temps vais-je encore vivre ?”

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