Rudy

Diagnostiqué en 2009

Rudy a 64 ans. Il a un cancer du poumon depuis sept ans. Comment gère-t-il sa maladie ? Se tracasser le moins possible. Et de préférence ne pas trop en parler.

Quelle est la meilleure solution pour moi ? Continuer à vivre le plus normalement possible. Je fais comme si de rien n’était. J’essaie de ne pas y penser. Et ça me réussit. Je ne fais pas de recherches sur le cancer du poumon. Ça ne fait que vous saper le moral.

Vous lirez ici les histoires, les idées et les impressions de différents témoins. Votre situation pourrait être tout à fait différente. Ces idées ne pourront peut-être donc pas vous aider dans l’immédiat.

LE PARCOURS DE RUDY

  • Rudy a commencé à avoir mal au dos il y a sept ans.
  • Au scanner, on voit des métastases.
  • À l’UZ Leuven [hôpital universitaire de Louvain], on constate que les métastases viennent des poumons.
  • Rudy suit deux traitements par chimiothérapie ; le deuxième, surtout, s’avère efficace.
  • Après la deuxième chimiothérapie, les médecins décident de passer à une étude expérimentale américaine.
  • Rudy commence à prendre quatre pilules par jour. Maintenant, il n’en prend plus que trois.

J’avais mal au dos. Le docteur m’a envoyé chez le kinésithérapeute, mais cela ne m’a pas aidé. La douleur était toujours là. Le docteur m’a donc fait passer un scanner. On y voyait une métastase dans le dos. J’ai été admis à l’hôpital universitaire de Louvain où j’ai passé une semaine pour des examens. Il s’agissait d’un cancer du poumon. C’était il y a sept ans. Pour le moment, je me sens très bien.

Au cours de la première phase, j’ai eu deux traitements différents de chimiothérapie. C’est surtout le deuxième qui a eu une bonne influence sur la tumeur. Nous sommes ensuite passés à un programme d’étude américain avec des pilules. Le cancer se trouve sur un gène. Et ils traitent le gène spécifiquement à l’aide de ces pilules. Au début, je prenais quatre pilules par jour ; maintenant, je n’en prends plus que trois.

ÉMOTIONS

J’ai nié le cancer

Ma première réaction ? J’ai nié le cancer. Les médecins me disaient que j’avais une maladie incurable, mais je n’en avais pas l’impression. Je continuais à vivre comme si rien ne s’était passé. Je me sentais bien.

Je ne culpabilise pas. Je n’ai jamais fumé. Comment les médecins expliquent-ils ce cancer ? Ils ne le savent pas. Peut-être à cause des fenêtres trop ouvertes dans l’auto ? Et qu’on respire un mauvais air ? Mais cela ne me semble pas être une raison suffisante.

Bien sûr, je trouve très grave d’avoir un cancer du poumon sans fumer ! Ça a été un sacré coup. Depuis lors, j’ai rencontré beaucoup de patients ayant un cancer du poumon. Parmi eux, beaucoup n’ont jamais fumé. J’ai toujours pensé que j’aurais une maladie du cœur. C’est de famille.

Si j’arrive encore à profiter de la vie ? Profiter, c’est un mot difficile. En fait, vivre un jour de plus, c’est déjà profiter. Mais tu te demandes alors : “Combien de temps vais-je encore vivre ?”

FAMILLE & AMITIÉ

J’essaie d’être le plus fort possible

Mon entourage a eu plus de mal avec le diagnostic. Mes enfants, ma famille... Moi cela ne m’a rien fait ou presque. En ce qui me concerne, je suis toujours en bonne santé. Je n’accepte pas le fait d’être malade ? Peut-être. Cela me semble être la meilleure manière de gérer cela. J’ai du mal à en parler vraiment. Cet entretien n’est donc pas évident pour moi.

J’essaie d’être le plus fort possible pour ma femme. Je ne veux pas qu’elle pense en permanence que je suis très malade. C’est plus difficile pour elle que pour moi. Je vis le plus normalement possible.

Tout le monde peut savoir que j’ai un cancer du poumon. Je le dis facilement, car je suis très franc. Ne me demandez pas pourquoi. C’est peut-être un soulagement de pouvoir le dire de temps en temps.

SANTÉ ET CONDITION PHYSIQUE

Sur terrain plat, je marche autant que je veux

C’est mon bras qui me gêne. Pour l’instant, je ne peux presque plus rien faire. Parfois, je vais me promener avec le chien. Je n’ai jamais vraiment eu de hobbys. Il n’y a pas beaucoup de différence avec avant. À part ce bras qui fait mal, je vis exactement comme avant le cancer. Je dois toutefois admettre que je suis plus vite fatigué. Monter les escaliers, monter une pente... C’est devenu plus fatiguant. Sur terrain plat, je marche autant que je veux.

Je vis au jour le jour. Les médecins ne me disent pas combien de temps je vivrai encore. Je pars du principe que, tant qu’ils ne me disent rien, c’est qu’ils n’en savent rien. Il vaut donc peut-être mieux qu’ils se taisent. C’est peut-être parce que cela fait déjà sept ans que je vis avec le cancer ? Si tu vis encore aussi longtemps, peut-être n’osent-ils plus rien dire ? En tout cas : sept ans, cela ne me paraît pas long. Je suis encore jeune : 64 ans.

DIÉTÉTIQUE ET NUTRITION

Pendant les chimiothérapies, je n’arrivais presque plus à manger. Maintenant, j’ai à nouveau de l’appétit. C’est revenu en prenant les pilules. Pour le moment, j’ai à nouveau moins envie de manger. Pourquoi ? Je n’en sais rien. À cause des pilules ? Je ne pense pas. Pour autant que je sache, elles n’ont pas d’effets secondaires.

VOYAGER

Partir un week-end peut vraiment faire du bien. Nous ne faisons plus de grands voyages. Mais c’est aussi à cause de notre petit chien. Nous n’avons pas envie de le laisser.

TRAVAIL

Je travaillais au tribunal de police d’Anvers. Je suis maintenant pensionné depuis cinq ans déjà. J’ai arrêté de travailler le jour où on a découvert la maladie. Je ne me sentais pas en état. Car j’en ai vraiment bavé pendant la première phase du traitement.

FINANCES

Grâce à mon assurance hospitalisation, mes frais sont limités. Je ne sais pas si toutes les formes de traitement sont remboursées. Mais le mien l’est. Je m’estime heureux de vivre en Belgique. Parce qu’en Amérique, mon médicament coûte des centaines de milliers d’euros.

Les perspectives d’avenir de Rudy

Qu’elle est la meilleure solution pour moi ? Continuer à vivre le plus normalement possible. Je fais comme si rien ne s’était passé. J’essaie de ne pas y penser. Et ça me réussit. Je ne fais pas de recherches sur le cancer du poumon. Ça ne fait que vous saper le moral.

 

Témoignage recueilli en octobre 2016

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