Guido

Diagnostiqué en 2013

Guido a 64 ans et a un cancer du poumon depuis quatre ans déjà. Ses ganglions lymphatiques sont touchés également. Il y a un an et demi, son état s’est rapidement dégradé. Grâce à l’immunothérapie et à une nouvelle étude, il a repris le dessus. Il a même repris le travail ! En prenant son temps.

Il faut croire aux progrès de la médecine. Peut-être que dans dix ans, il y aura une pilule contre le cancer ? Comme les antibiotiques en cas d’infection.

Vous lirez ici les histoires, les idées et les impressions de différents témoins. Votre situation pourrait être tout à fait différente. Ces idées ne pourront peut-être donc pas vous aider dans l’immédiat.

LE PARCOURS DE GUIDO

  • Diagnostic début 2013 : cancer du poumon à grandes cellules, plus cancer des ganglions lymphatiques.
  • Suit une chimiothérapie et une radiothérapie.
  • Le cancer s’arrête pendant un an.
  • 2015: une deuxième série de chimiothérapie ne donne plus de résultats. Guido a besoin presque en permanence de bouteilles d’oxygène pour respirer.
  • Guido est forcé de se déplacer en fauteuil roulant.
  • Il suit une immunothérapie à Louvain. Ça évolue bien.
  • Il participe actuellement à une étude sur le cancer du poumon.

ÉMOTIONS

Je profite plus de la vie qu’auparavant

Mon diagnostic m’a tracassé pendant cinq minutes. Pourquoi est-ce à moi que ça arrive ? Mais je me suis assez vite résigné. C’est mon destin. Et je dois y faire face. Lorsque je suis rentré à la maison, j’ai montré les résultats du scanner à ma femme. Une tumeur sur les poumons et dans deux ganglions lymphatiques. Je lui ai tout de suite dit que nous devions en profiter au mieux.

J’ai compris que la vie s’achèverait plus vite que prévu. C’était dur à avaler. Je venais d’avoir soixante ans. Avais-je un sentiment de culpabilité ? Non, ça pas. Peut-être un petit peu vu que je fumais toujours des cigares. Mais c’étaient des petits. Et je ne fumais pas beaucoup. Mais je pense quand même que mon cancer y est lié.

J’ai une vie avant et une vie après le diagnostic. Auparavant, il y avait beaucoup d’obligations. Ce n’est plus le cas. Tout est encore possible, mais rien n’est obligatoire. C’est pourquoi je profite davantage. Je vois les détails de la vie. Je peux par exemple davantage profiter de la nature. Avant le diagnostic, je ne la voyais pas.

Je n’ai jamais cherché des informations sur mon cancer du poumon sur internet. À quoi ça sert ? Au total, il existe quatre-vingt sortes différentes de cancer du poumon. On s’assagit. Je fais confiance à mes médecins. Ils sont spécialisés.

La médecine n’est pas figée. Pour moi, l’immunothérapie a été une avancée. Et qui sait où j’en serai prochainement ? Peut-être que l’étude à laquelle je participe aura un bon résultat ? Peut-être aussi que c’est quelques années trop tôt.

FAMILLE & AMITIÉ

Ne me dites pas que j’ai l’air bien si ce n’est pas le cas

Tout le monde trouve grave que vous ayez un cancer. Savez-vous ce qui m’a frappé ? Ils n’osent pas vous le dire en face. On entend parler. Que le cancer du poumon est vraiment mortel. Que je n’allais pas y arriver, que je n’avais pas l’air bien. Mais ils te disent que tu as l’air en forme.

J’entendais régulièrement dire que j’avais l’air en forme. Alors que j’étais certain que ce n’était pas le cas. Pour être honnête, j’en avais marre de ces réactions. Mais bon, qu’est-ce que les gens doivent dire ?

Ma femme avait beaucoup de mal avec mon cancer. J’étais au fond du trou ? Et bien, elle était bien plus bas encore. Je l’ai toujours encouragée. Et parfois, l’émotion nous envahissait. Je me souviens que les enfants venaient nous voir et que nous faisions bonne figure. Jusqu’à ce qu’ils soient partis. Mais après une petite heure, ce chagrin intense était reparti.

SANTÉ ET CONDITION PHYSIQUE

Bien sûr, il faut se modérer

En ce qui me concerne, j’ai entièrement changé la donne. Avant d’être malade, je partais dès six heures du matin. J’allais travailler jusque tard le soir. Maintenant, je profite plus de la vie. Avec toujours cette arrière-pensée. Combien de temps cela va-t-il encore pouvoir durer ? Cette question est omniprésente. Car le cancer ne se guérit pas. Au mieux, les médecins peuvent stabiliser le cancer.

Avant, j’avais peu de loisirs. Je n’en avais pas le temps. Un peu de vélo de temps en temps ou aller jouer aux cartes le soir. Ou se promener dans les Ardennes, je faisais ça volontiers. Ma vie était très occupée... C’étaient les rares moments où je pouvais me reposer.

Sur le plan physique, je ne peux plus en faire autant. C’est ce qui me gêne le plus dans cette maladie. Bien sûr, il faut se modérer. Il faut tout faire à son aise. Tranquillement. Il y a quatre ans, je me sentais comme un lion. Je pouvais tout faire. Maintenant, je ne peux presque plus rien faire. Je me suis fait une raison.

Le soir, je m’endors parfois à huit heures. Je n’arrive pas à garder les yeux ouverts. Ce n’était pas le cas auparavant. Et le matin, je n’arrive pas toujours à sortir de mon lit.

DIÉTÉTIQUE ET NUTRITION

Pendant la chimio, je ne mangeais presque rien. À l’hôpital, ils disaient que je devais manger. “Plus c’était gras, mieux c’était.” Parfois, je mangeais trois dames blanches par jour et rien d’autre. Comme ça je gardais mon poids au lieu d’en perdre. Mon généraliste n’était pas d’accord. Il disait qu’à l’hôpital, ils me bourraient de sucre.

La chimio change l’appétit. Depuis que la chimiothérapie est finie, je reprends des forces. Mes habitudes alimentaires ont changé également. Avant, je buvais mon café noir, maintenant je mets du sucre. Et je ne bois pas d’eau, mais du jus de pomme. Cela permet d’ingérer des calories en permanence.

VOYAGER

Voyager ? Ça c’était pour après ma pension. J’allais en profiter. Mais les choses se sont passées autrement. Maintenant, il est plus difficile de voyager. Nous sommes allés en Espagne il y a peu. Il faut d’abord passer un examen pulmonaire pour vérifier si vous pouvez prendre l’avion.

Je ne peux pas partir n’importe où en vacances. Nous passons toujours le Nouvel An en Autriche. C’est un bon pays, l’Allemagne et la Norvège aussi. Le secteur médical y est de qualité. Un peu moins en Espagne, et je n’envisage pas d’aller en Turquie ou dans les pays de l’Est.

TRAVAIL

Ça ne va pas fort aujourd’hui ? Ce n’est pas grave.

Avant, c’était travailler, travailler, travailler. Je suis indépendant dans le secteur du bâtiment. Il y a toujours une bonne raison d’aller travailler. Une journée de douze heures ? C’est la moyenne pour nous.

Je travaille encore, vous savez. Sur les gros chantiers, je me contente de superviser. Mais j’accepte encore des petits chantiers, où il n’y a pas trop d’administration. Mais je ne travaille plus du matin au soir. Et si un jour, je n’arrive pas à me lever ? Ce n’est pas grave.

FINANCES

Paperasserie embêtante

J’ai toujours gardé mon salaire, la maladie n’a donc pas eu de conséquences financières. Je suis très satisfait de mon assurance.

Les perspectives d’avenir de Guido

L’avenir ? Je vis désormais d’anniversaire en anniversaire. Au Nouvel An, je me dis : “J’espère pouvoir vous souhaitez une bonne année l’an prochain également.” Je n’ai plus de vision de l’avenir. J’ai 64 ans et j’espère arriver à 70. 80 ? Je n’y pense même pas.

Je vis pour mes petits-enfants. J’en ai quatre : ils ont 4, 3, 2 et un an. Je peux vraiment en profiter. J’espère les voir grandir.

Il faut rester positif. Essayer de ne pas se lamenter. Ne pas se cacher derrière la maladie. Une amie m’a un jour demandé de parler avec son mari. Il voyait tout en noir après son diagnostic. En fait, ça dépend d’une personne à l’autre.

Vous avez un cancer du poumon ? Acceptez-le. Et pour le reste, faites de votre mieux.

Il faut croire aux progrès de la médecine. Peut-être que dans dix ans, il y aura une pilule contre le cancer ? Comme les antibiotiques en cas d’infection.

 

Témoignage recueilli en novembre 2016

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